Thématiques de l’IFQM

En fonction des défis scientifiques et sociétaux majeurs et en tenant compte des coopérations déjà actives de part et d’autre de l’Atlantique, six thèmes ont été ciblés.

Santé des écosystèmes

Le développement durable des activités maritimes et de l’exploitation des ressources est certainement un objectif auquel peuvent aspirer les populations de la France et du Québec, mais les impacts de ces activités sur les écosystèmes sont à prévoir, suivre et limiter (cf. thèmes 2 et 3). Ainsi, un état des lieux adéquat de la santé des écosystèmes doit être réalisé de part et d’autre de l’Atlantique afin d’identifier la possible convergence des intérêts stratégiques et des priorités scientifiques de la France et du Québec concernant la recherche sur les écosystèmes maritimes soumis à l’influence des activités humaines dans leur globalité. Les systèmes d’évaluation existants utilisent une suite d’indices couvrant un large spectre diagnostique, allant de l’état de santé des organismes à l’état d’une communauté dans son ensemble. Or, le problème de ces estimateurs indispensables à toute évaluation future des environnements côtiers est d’une part leur manque de robustesse, et d’autre part leur manque d’intégration, que seules les approches écosystémiques peuvent éclairer. Il est donc primordial de poursuivre le développement de descripteurs de l’état de santé des écosystèmes maritimes, car cette approche fait le lien avec les pratiques de gestion actuelles et les prises de décision futures, mais également avec la volonté de replacer ces indicateurs dans un cadre écosystémique explicite. Ainsi, des actions conjointes portant sur la gestion de ces écosystèmes et de la mise en place d’aires marines protégées pourront être menées selon les points de convergence identifiés.

Pêche et aquaculture

L’objectif principal est d’inscrire la recherche et l’expertise sur la pêche et l’aquaculture dans une logique de préservation des fonctionnalités de la biodiversité et de l’usage durable (aux plans écologique, économique et social) des services écosystémiques dans le contexte du changement global et de l’augmentation de la demande de bioressources et ingrédients d’origine marine. À ce titre, il importe d’identifier les déterminants des trajectoires du développement durable de la pêche et de l’aquaculture ainsi que les effets combinés de pressions multiples générant des phénomènes multi-scalaires qui contraignent dynamiquement ces trajectoires. Il importe de poursuivre les efforts collaboratifs dans le champ de l’aquaculture nouvelle et du développement de technologies de pêche et aquaculture plus efficientes et écologiques, et de développer des approches intégrées de gestion des ressources côtières et d’aquaculture extensive ainsi que de développer la valorisation des coproduits de la pêche et de l’aquaculture.

Dynamique et adaptation des territoires côtiers

L’évaluation et la gestion des risques des systèmes socio-écologiques comme les littoraux sont fondamentalement complexes et déterminantes pour les communautés qui y habitent. Ces systèmes sont des lieux soumis à l’action, parfois combinée, d’aléas naturels (érosion, submersion, etc.) et de forçages anthropiques (urbanisation, exploitation des ressources, pollution, fréquentation, etc.), pouvant avoir un impact direct sur les enjeux (habitat, infrastructures, enjeux économiques, culturels, environnementaux, etc.), et affecter par là même toutes les catégories d’acteurs impliqués sur le territoire. Ces aléas interviennent dans la vulnérabilité des territoires et des populations ; ils peuvent également être à l’origine de processus de résilience riches d’enseignements pour les politiques de gestion. Ainsi, l’évaluation des aléas, des vulnérabilités (p. ex. économiques, environnementales et sociales) et des processus de résilience en jeu sur les zones côtières doit permettre l’élaboration de stratégies d’adaptation pertinentes qui tiennent également compte des changements climatiques à venir et des évolutions futures des usages et des activités humaines. Pour ce faire, l’analyse des aléas, d’un point de vue des dynamiques comme de leurs occurrences, est une première étape indispensable à l’évaluation des risques encourus par les territoires et les populations qui y vivent. Ces recherches permettront d’acquérir une meilleure connaissance des impacts générés sur les systèmes socio-écosystémiques; elles devront également améliorer les modèles prospectifs afin d’accompagner les politiques d’adaptation des sociétés.

Comme cela a été rappelé plus haut, aux aléas naturels s’ajoutent également des forçages d’origine anthropique intervenant aussi sur la dégradation et le dysfonctionnement des zones côtières. À titre d’exemple, l’exploitation des ressources maritimes (énergétiques, minières ou vivantes), les activités industrielles et portuaires, l’urbanisation croissante des littoraux, l’usage des bassins versants au sein du continuum terre/mer (décharges fluviales, effluents, etc.) ou l’utilisation de l’espace maritime et côtier (transport maritime, tourisme, lieux de vie et/ou de pratiques récréatives culturelles voire symboliques, etc.) posent des questions de dégradation des écosystèmes et des paysages côtiers, de préservation du patrimoine naturel et culturel côtier et marin, de pollution des eaux, de disponibilité et de partage de la ressource, de justice sociale, de gouvernance, de gestion des conflits d’usage, de sécurité alimentaire, etc. Il en résulte un besoin de mise en place de stratégies et d’outils de régulation adaptés. Le développement de méthodes de gestion en matière de conflits d’usage, de gestion de crises face aux risques environnementaux ou technologiques, ou encore la compensation écologique comme instrument institutionnel, devraient également faire l’objet d’études méthodologiques, avec une approche résolument pluridisciplinaire.

Surveillance et sécurité maritime

Un milieu sécuritaire est un milieu où les risques sont connus, évalués et minimisés. Gérer le risque maritime implique l’existence de modèles et de cadres de risque, la collecte, la standardisation et la transmission fiable des informations importantes, une bonne communication entre les acteurs impliqués, et une bonne interprétation des informations échangées par des personnes qualifiées. Le concept d’observatoire est central à la gestion et la prévision des risques autour duquel des enjeux d’innovation technologique et sociale, d’éducation et de formation émergent. La France et le Québec ont à ces égards beaucoup à partager pour innover dans plusieurs secteurs comme :

  • la prévision environnementale,
  • la télédétection,
  • la lutte et la prévention contre les activités criminelles,
  • les pollutions volontaires ou involontaires,
  • la prévention et la résolution des conflits d’usage de l’espace maritime,
  • la protection et la gestion des ressources environnementales,
  • le contrôle de la navigation et des zones refuges,
  • la prévention et la gestion des incidents et catastrophes,
  • la sécurité des navires,
  • la surveillance des installations et infrastructures maritimes,
  • la surveillance des pêches.

Une bonne connaissance des régimes juridiques gouvernant ces différentes activités ou menaces s’avère nécessaire afin de poser les jalons d’une politique maritime intégrée. Des études comparées entre le Québec et la France permettant des échanges d’expériences pourraient, à ce titre, se révéler pertinentes.

« Trans-port » maritime durable et intelligent

Dans le cadre de l’élaboration des navires du futur, la recherche, le développement et l’innovation sont liés à l’ingénierie, à la conception et à la production, à l’exploitation, à la maintenance et aux adaptations ainsi qu’à la déconstruction des navires en considérant le contexte social, économique et environnemental. D’autre part, les activités des réseaux logistiques (comprenant notamment les zones portuaires), d’entreprises et de transport maritime et l’optimisation de la chaîne logistique maritime sont des éléments incontournables de cet axe. L’optimisation de la chaîne logistique passe notamment par l’utilisation efficiente des infrastructures de transport, l’amélioration de la sûreté et l’innovation en matière de services et de leur organisation. Cette optimisation s’intègre aussi dans un contexte de développement durable, concourant à la maîtrise d’un transport maritime énergétiquement efficient et respectueux de l’environnement. Par ailleurs, le transport maritime intelligent reposera sur le développement d’innovations technologiques. La complémentarité d’initiatives de recherches intersectorielles existant de part et d’autre de l’Atlantique, alliant ingénierie, conception et production de produits innovants, gestion des transports, analyse des phénomènes naturels, ou encore écoconception, constituera ici les bases de ces développements technologiques.

Biotechnologies marines et technologies / ingénierie marines

Dans le champ des biotechnologies marines, les principales thématiques scientifiques sont articulées autour de la connaissance des ressources (caractérisation biochimique, identification de molécules d’intérêt et d’actifs biologiques…) puis de la valorisation des ressources (macro-algues, micro-algues, bactéries, champignons, coproduits de la pêche et de l’aquaculture). Cette valorisation nécessite l’optimisation des étapes de production de la biomasse considérée, de l’extraction et de la purification des composés d’intérêt, puis de leur intégration et la mise à l’échelle industrielle du procédé global en vue de la commercialisation du produit fini.

Concernant le champ des technologies et de l’ingénierie marine, les problématiques de recherche nombreuses et pluridisciplinaires visent à la réduction des coûts et à l’amélioration des performances, de la fiabilité et de la sécurité des technologies. Ceci concerne également les infrastructures portuaires et littorales, dans un contexte où les infrastructures doivent accompagner des évolutions technologiques ou changements climatiques de plus en plus rapides mais aussi des co-activités nécessaires (multi-usages). Elles portent également sur la durabilité des systèmes, sur la caractérisation et la prévision de la ressource, sur les impacts environnementaux et sociétaux et plus globalement sur la résilience et sur la maîtrise des risques en interface avec d’autres thèmes.